Stratégie produit / Build vs Buy
Build vs Buy n’est pas un débat idéologique. C’est un arbitrage entre vitesse, contrôle, risques et capacité à exécuter.
Build vs Buy : une question mal posée dans 80 % des cas
“Est-ce qu’on doit acheter une solution existante ou développer la nôtre ?” Cette question revient dans quasiment tous les projets SaaS ou logiciels métier. Pourtant, elle est souvent abordée sous le mauvais angle : uniquement le coût initial ou la complexité technique.
En réalité, Build vs Buy est un choix stratégique qui engage le produit, l’architecture, la donnée et surtout la capacité à aller vite sur le marché.
Acheter (Buy) : aller vite… sous certaines conditions
Acheter une solution existante est souvent séduisant : time-to-market immédiat, support et documentation. Les avantages sont réels :
démarrage rapide
coût initial maîtrisé
fonctionnalités déjà éprouvées
Mais ces avantages ont un prix invisible au départ : dépendance forte à un éditeur, roadmap subie, coûts récurrents croissants et personnalisation limitée. Acheter, c’est accepter de déléguer une partie du contrôle.
Construire (Build) : plus lent au départ, plus maîtrisé dans le temps
Le sur-mesure fait peur lorsqu’il est mal cadré. Mais bien conçu, il permet :
un alignement parfait avec le métier
un contrôle total sur l’architecture
une maîtrise de la donnée
une évolutivité sans verrou éditeur
Le coût initial est plus élevé, mais le coût marginal d’évolution est souvent bien plus faible qu’avec une solution achetée sur le long terme.
Le vrai sujet : le TCO, pas le prix d’entrée
Comparer Build vs Buy uniquement sur le coût initial est une erreur classique. Le TCO (Total Cost of Ownership) inclut :
- Licences et abonnements
- Coûts d’intégration
- Coûts d’exploitation et de support
- Coûts d’évolution et de sortie (migration)
Beaucoup de solutions “buy” deviennent très chères précisément au moment où le produit commence à bien fonctionner.
La donnée : un critère souvent sous-estimé
Build vs Buy, c’est aussi un choix sur la souveraineté de la donnée. Utiliser une solution tierce implique souvent un hébergement hors Europe et des contraintes juridiques complexes. Le sur-mesure permet ce contrôle total, mais il implique d’assumer l’entièreté de l’exploitation technique.
Les risques : visibles d’un côté, cachés de l’autre
Les risques du Build sont connus : dérive de périmètre, dette technique, délais. Les risques du Buy sont souvent sous-estimés :
verrouillage fournisseur (lock-in)
hausse brutale des coûts
impossibilité de différenciation concurrentielle
Le facteur décisif : le go-to-market
Le critère le plus important est souvent la vitesse à laquelle vous pouvez tester votre marché et délivrer de la valeur. Parfois, acheter permet d’aller vite pour valider une hypothèse. Parfois, le sur-mesure est la seule façon de construire un avantage concurrentiel réel.
Quand le sur-mesure est réellement rentable
Le sur-mesure devient pertinent quand :
le produit est au cœur de la valeur business
la différenciation est clé
la donnée est stratégique
l’architecture doit évoluer sans contraintes externes
Conclusion
Build vs Buy n’est jamais une décision purement technique. C’est un choix de stratégie produit, de gouvernance et de rythme de croissance. Être souverain sur sa solution peut être un avantage énorme, à condition que cela ne bloque pas le go-to-market. Le bon choix est presque toujours contextuel et aligné avec la réalité du marché.



