Architecture logicielle / API-first & intégrations
Les intégrations ne bloquent pas les projets par accident. Elles bloquent quand l’API n’a jamais été pensée comme un produit.
Pourquoi les intégrations sont le premier point de friction
ERP, CRM, paiement, outils tiers, partenaires… Très peu de produits vivent aujourd’hui en vase clos. Pourtant, dans beaucoup de projets, l’API arrive après l’UI, après le modèle de données et après les premières décisions techniques.
Résultat : l’intégration devient un chantier à part, coûteux, fragile, et souvent source de blocages projet.
API-first : ce que ça veut vraiment dire (et ce que ce n’est pas)
API-first ne signifie pas “exposer une API plus tard”. Cela signifie :
concevoir les contrats avant l’implémentation
penser les usages avant les écrans
stabiliser les échanges avant d’optimiser l’interne
L’API devient un produit à part entière, consommé par l’UI, les intégrations et parfois des tiers.
Erreur classique : confondre API et CRUD exposé
Beaucoup d’API se contentent d’exposer la base de données (create, read, update, delete). Le problème ? Les systèmes externes ne pensent pas en tables, ils pensent en processus métier. Une bonne API expose :
des intentions métier
des règles claires
des invariants protégés
Une mauvaise API délègue la complexité aux intégrateurs.
Intégrer un ERP : penser robustesse avant élégance
Les ERP sont rarement temps réel. Ils sont souvent lents, verbeux et imprévisibles. Une API ERP-friendly doit prévoir :
des appels idempotents
des traitements asynchrones
des mécanismes de reprise
Si votre API suppose que “tout répond vite et bien”, l’intégration ERP finira par casser en production.
Intégrer un CRM : gérer l’asymétrie des données
CRM et produit n’ont pas la même vision du client et ne seront jamais parfaitement synchrones. Une bonne approche API-first implique des identifiants stables, des règles claires de source de vérité et des mécanismes de synchronisation explicites. Sans cela, les doublons et les incohérences sont inévitables.
Intégrer le paiement : ne jamais faire confiance par défaut
Le paiement est un cas à part. Tout ce qui peut arriver… arrivera. Une API paiement robuste doit gérer les webhooks en double, les délais réseau, les états intermédiaires et la réconciliation. Si votre modèle suppose un paiement synchrone et fiable, la production vous rappellera vite à l’ordre.
Versionner une API sans bloquer les intégrations
Une API non versionnée finit par bloquer tout le monde. Les bonnes pratiques consistent à versionner les contrats (pas uniquement les URLs), éviter les « breaking changes » silencieux et maintenir plusieurs versions si nécessaire. Une API stable inspire confiance.
Observabilité : voir les intégrations avant qu’elles ne cassent
Les intégrations se dégradent souvent avant d’échouer brutalement. Une API exploitable doit fournir des logs corrélés, des métriques par partenaire et des alertes orientées usage. Sans cela, chaque incident devient une enquête manuelle fastidieuse.
Checklist CTO pour une approche API-first sans blocage
Avant de valider une intégration, voici les points essentiels :
- Des contrats d’API clairs et documentés
- Une gestion explicite des erreurs
- Des appels idempotents
- Une stratégie asynchrone quand nécessaire
- Une politique de versioning et une observabilité réelle
Conclusion
API-first n’est pas un luxe d’architecte, c’est une condition de survie quand le produit s’intègre à un écosystème réel. Une bonne API rend les intégrations prévisibles, maintenables et évolutives. Elles ne sont pas un “plus”, elles font partie intégrante du produit.



