Logiciel sur-mesure / Architecture & cadrage
Un logiciel sur-mesure ne devient pas une usine à gaz par hasard. Il le devient quand on évite de prendre des décisions structurantes dès le départ.
Pourquoi autant de projets sur-mesure dérapent ?
En tant que fondateur et CTO, j’analyse souvent des projets annoncés comme “simples” qui deviennent impossibles à faire évoluer. Dans l’immense majorité des cas, le problème n’est pas la technologie, mais le cadrage : trop flou, trop tardif, ou trop complaisant.
Voici comment j’aborde le cadrage quand l’objectif est clair : livrer quelque chose d’utile, de maintenable et de scalable.
1) Partir du problème réel, pas de la solution fantasmée
Un bon cadrage commence par le problème métier : qui est bloqué, à quel moment, avec quels volumes et quelles contraintes réelles ? Sans données concrètes (fréquence, volumétrie, charge, criticité), on fait de l’architecture au ressenti. Et le ressenti ne tient jamais longtemps en production.
2) Écrire le non-scope (sinon le périmètre s’étendra tout seul)
Tout ce qui n’est pas explicitement exclu finit tôt ou tard par être demandé. C’est la gravité naturelle d’un projet. Un cadrage sérieux inclut des exclusions claires :
Pas de multi-langues en V1
Pas de reporting avancé au lancement
Pas d’intégration ERP en première phase
Dire non tôt permet d’éviter des discussions beaucoup plus coûteuses plus tard.
3) Identifier et isoler le cœur métier
En architecture, tout n’a pas la même valeur. Le cœur métier est la partie du système qui porte réellement la valeur business. Il doit être :
isolé
testable
peu couplé à l’UI et aux outils externes
Si changer un écran ou une API met en danger les règles métier, alors l’architecture est déjà trop fragile.
4) Trancher tôt les décisions qui conditionnent toute l’architecture
Certains choix sont structurants et impactent toute la stack. Les repousser, c’est construire sans fondations :
- SaaS ou outil interne ?
- Mono-tenant ou multi-tenant ?
- Niveau de disponibilité attendu ?
- Données sensibles ou non ?
5) Traiter les intégrations comme de l’architecture
ERP, CRM, paiement… Les intégrations sont des sources majeures de complexité. Une intégration saine repose sur des contrats clairs, de l’idempotence, de la résilience (timeouts, retries) et de la traçabilité. Une intégration bricolée devient fatalement un point de rupture.
6) Penser le run dès le cadrage
Le produit, ce n’est pas seulement le code ; c’est le code qui tourne bien tous les jours. Cela inclut dès le départ l’observabilité, la CI/CD, le rollback, la sécurité et la gestion des incidents.
7) Découper en versions réellement livrables
Un projet qui attend d’être “complet” avant d’être utilisé n’apprend rien de ses utilisateurs. Un découpage sain ressemble souvent à :
V0 : validation de la compréhension
V1 : valeur métier minimale en production
V2 : industrialisation et montée en charge
Conclusion
Un logiciel sur-mesure ne devient complexe que lorsqu’on évite de trancher et que l’on laisse l’architecture à l’improvisation. Un bon cadrage n’est pas une accumulation de documents, mais une série de décisions claires, prises tôt et assumées.

